Le cerisier est l'un des arbres fruitiers les plus appréciés dans nos jardins et vergers. Multiplier cet arbre par bouturage représente une technique économique et gratifiante qui permet de reproduire fidèlement les caractéristiques d'un arbre mère. Bien que le cerisier fasse partie des fruitiers qui se multiplient davantage par greffage, le bouturage demeure une méthode accessible aux jardiniers patients. Réussir la plantation d'une bouture de cerisier en pleine terre demande néanmoins quelques connaissances précises concernant la préparation du plant, le choix de l'emplacement et les soins à apporter durant les premiers mois de croissance.

Préparer sa bouture de cerisier avant la plantation

Sélectionner le bon rameau et la période idéale

La réussite du bouturage commence par le choix d'un rameau sain et vigoureux. Il convient de prélever une branche semi-ligneuse de vingt à trente centimètres de longueur sur un cerisier en bonne santé. Cette opération doit être effectuée durant la période de repos végétatif de l'arbre, soit entre novembre et mars, lorsque la sève circule moins intensément. L'automne constitue généralement la période la plus favorable car elle permet un meilleur enracinement avant les chaleurs estivales. Le rameau sélectionné doit être de l'année précédente, porteur de bourgeons bien formés et exempt de maladies comme la gommose ou d'attaques de pucerons.

Pour maximiser les chances de succès, il est préférable de choisir une branche orientée au sud qui aura bénéficié d'une exposition optimale au soleil. Cette tige doit présenter un diamètre régulier, ni trop fin ni trop épais, et arborer une écorce lisse sans blessures apparentes. La coupe doit être nette et réalisée avec un sécateur bien affûté et désinfecté pour éviter toute contamination. Un angle oblique facilitera l'écoulement de l'eau et évitera la stagnation d'humidité susceptible de provoquer des pourritures.

Traiter et préparer la bouture pour l'enracinement

Une fois le rameau prélevé, il est indispensable de retirer les feuilles situées sur la moitié inférieure afin de limiter l'évaporation et de concentrer l'énergie sur la production de racines. Certains jardiniers recommandent l'application d'une hormone de bouturage sur la base de la tige pour stimuler l'apparition de radicelles. Cette substance favorise considérablement le processus d'enracinement, même si le cerisier reste un arbre dont le bouturage demeure plus délicat que celui du figuier ou du groseillier qui s'enracinent plus facilement.

Le pralinage des racines, technique ancestrale consistant à tremper la base de la bouture dans un mélange argileux, constitue également une méthode efficace pour faciliter l'enracinement et protéger contre les agressions extérieures. Cette préparation améliore le contact entre la bouture et le sol, favorisant ainsi les échanges hydriques essentiels au développement racinaire. Avant la mise en terre définitive, certains jardiniers préfèrent placer les boutures dans un mélange de terreau et de sable de rivière durant quelques semaines, dans un endroit lumineux mais sans soleil direct, afin de favoriser une préformation des racines.

Réussir la plantation de la bouture en pleine terre

Choisir l'emplacement et préparer le sol

L'emplacement constitue un facteur déterminant pour la reprise de la bouture. Le cerisier nécessite une exposition plein soleil et un espace dégagé car il peut atteindre une hauteur comprise entre six et dix-huit mètres à maturité. Il convient également de le protéger des vents violents qui pourraient compromettre son développement, surtout durant les premières années de croissance. Le choix de l'emplacement doit tenir compte de la présence éventuelle d'un autre cerisier à proximité car certaines variétés nécessitent une pollinisation croisée pour produire des fruits, tandis que d'autres sont autofertiles.

Le sol idéal pour le cerisier doit être léger, profond, bien drainé et légèrement calcaire. Avant la plantation, il est recommandé de creuser un trou d'au moins quatre-vingt-dix centimètres de profondeur pour permettre aux racines de se développer convenablement. Le fond du trou doit être ameubli à la fourche-bêche pour faciliter la pénétration des racines. Le mélange de terre idéal se compose de terre de jardin enrichie de compost bien décomposé et de sable de rivière qui assurera un drainage optimal. Cette composition riche et légère offrira tous les éléments nutritifs nécessaires au jeune plant tout en évitant les excès d'humidité redoutés par les Rosacées.

Techniques de mise en terre et premiers soins

La plantation proprement dite doit s'effectuer avec délicatesse. Il convient de positionner la bouture verticalement dans le trou préparé en veillant à ce que le collet se situe au niveau du sol. Les racines, si elles ont déjà commencé à se former, doivent être étalées harmonieusement dans toutes les directions sans être repliées. Le comblement du trou se fait progressivement en tassant légèrement la terre au fur et à mesure pour éliminer les poches d'air qui pourraient compromettre l'enracinement.

Un tuteurage s'avère nécessaire si le plant mesure moins de deux mètres. Le tuteur doit être planté légèrement en biais pour ne pas endommager les racines et attaché au jeune arbre avec un lien souple qui n'entravera pas la croissance du tronc. Immédiatement après la plantation, un arrosage abondant est indispensable pour assurer un bon contact entre les racines et le sol. Si la plantation intervient au printemps plutôt qu'en automne, les arrosages devront être réguliers et généreux durant toute la première saison de croissance pour compenser l'évapotranspiration importante liée aux températures élevées.

Assurer la reprise et le développement du jeune cerisier

Arrosage, paillage et protection durant les premiers mois

Les premiers mois suivant la plantation constituent une période critique durant laquelle le jeune cerisier établit son système racinaire. Un arrosage régulier mais mesuré s'impose pour maintenir le sol légèrement humide sans jamais le détremper. Un excès d'eau favoriserait le développement de maladies cryptogamiques et pourrait provoquer l'asphyxie des racines. À l'inverse, un manque d'eau compromettrait gravement la reprise du plant.

L'installation d'un paillage organique autour du pied présente de multiples avantages. Cette couverture naturelle maintient une humidité constante du sol, limite la pousse des adventices qui concurrenceraient le jeune arbre et protège les racines superficielles des variations thermiques. Le paillis peut être constitué de broyat de branches, de paille, de tontes de gazon séchées ou de feuilles mortes. Une épaisseur de cinq à dix centimètres suffit en veillant à laisser un espace libre autour du collet pour éviter les risques de pourriture.

Durant le premier hiver, une protection contre le gel peut s'avérer utile dans les régions aux hivers rigoureux. Un voile d'hivernage placé autour des jeunes branches préservera les tissus végétaux des températures extrêmes. Cette précaution reste particulièrement recommandée si la plantation a eu lieu tardivement en automne et que l'enracinement n'a pas encore eu le temps de s'effectuer complètement.

Surveiller la croissance et anticiper les problèmes

La surveillance régulière du jeune cerisier permet de détecter précocement les éventuels problèmes. Les pucerons constituent l'un des principaux ravageurs du cerisier et peuvent coloniser rapidement les jeunes pousses tendres. Des traitements préventifs au savon noir dilué peuvent être appliqués dès l'apparition des premiers insectes. Les mouches des cerises, bien que concernant principalement les arbres en production, doivent également faire l'objet d'une vigilance constante.

La gommose représente une affection courante chez les cerisiers et se manifeste par un écoulement de gomme au niveau du tronc ou des branches. Cette pathologie résulte souvent de blessures mal cicatrisées ou de tailles effectuées en dehors de la période de repos végétatif. Pour limiter les risques, toute plaie doit être mastiquée avec un produit cicatrisant approprié. Les tailles ne doivent intervenir que durant le repos végétatif, entre novembre et mars, en se limitant à l'élimination du bois mort et des branches qui se croisent.

L'apport d'engrais spécifique pour rosiers avant la floraison et après la récolte soutiendra le développement du jeune arbre. Ces fertilisations ciblées apportent les éléments nutritifs nécessaires sans surcharger le sol. La première floraison, qui intervient généralement entre mars et avril, peut apparaître plusieurs années après la plantation selon la vigueur du plant. Il convient de ne pas s'attendre à une récolte avant au moins trois à cinq ans, le temps que l'arbre atteigne une maturité suffisante. La fructification s'étale ensuite de mai à juillet selon les variétés plantées, qu'il s'agisse de bigarreaux comme le Moreau ou le Napoléon, ou de griottes telles que la Griotella.